mardi 12 novembre 2013

Alexandre Medvedkine

Alexandre Medvedkine est l'inventeur du ciné-train, un véritable train aménagé pour la réalisation et la production de court-métrage. Ce train traverse toute l'Union soviétique en 1932 pendant 294 jours, allant de grands chantiers en grands chantiers. Medvedkine tourne et monte immédiatement les films dans son train pour les projeter à la population dès le lendemain, montrant les réalisations des bâtisseurs, des ouvriers, des cheminots, aussi bien que les méfaits de la gabegie et de l’incompétence. Ces brefs documentaires et semi-documentaires étaient explosifs. L’actualité des problèmes s’y combinait à un style percutant dans le traitement du sujet, la vision de l’opérateur, les effets de montage. Le travail du train ne fut pas inutile. Pas seulement parce que les films tournés eurent une influence de propagande sur les travaux de construction. Les principes du "Train cinématographique" laissèrent une trace ineffaçable dans le cinéma. Ils ont ressurgi dans les films tournés par des ouvriers français de Besançon "d’après la méthode du train cinématographique de Medvedkine", ce que Chris Marker écrivit à Medvedkine lui-même. Dans ces films, les principes de Medvedkine se traduisent par des effets de montage saisissants, à partir des épisodes les plus ordinaires de la vie des ouvriers et des patrons. Le montage révèle avec une puissance particulière l’essence des constructions sociales.

Deux ans après l'expérience du ciné-train Medvedkine réalise un chef d' oeuvre lumineux et onirique, annonciateur des désastres à venir : Le Bonheur. Œuvre foisonnante et poétique, Le Bonheur est un pur joyau, un film tragique et gai, poétique et bouleversant, un film d'une tendresse infinie qui touche à la condition même de l’homme.

C’est à Chris Marker que l'on doit la redécouverte de ce bijou et de son auteur : il est à l'origine de la création des Groupes Medvedkine en 1967 et de la ressortie en salles du Bonheur (avec la coopérative SLON) en 1971, imaginant pour l'occasion une bande sonore originale. Marker, qui n'en a jamais vraiment fini avec Medvedkine, réalisera en 1993 Le Tombeau d'Alexandre, magnifique film hommage à ce cinéaste singulier.

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